Anthologie de la musique jamaïcaine des années 50 à 1962, en route vers l’indépendance…

Anthologie de la musique jamaïcaine des années 50 à 1962, en route vers l’indépendance…

Quand on parle de musique jamaïcaine, on évoque toujours le reggae et son roi, Bob Marley. Mais saviez-vous que Bob Marley chantait déjà bien avant la création du reggae entre 1967 et 1968 ?

Durant les années 50 et au début des années 60, de nombreuses musiques faisaient danser l’île. RDM Edition vous propose de les retrouver dans ce coffret 4 CD une sélection de 100 titres allant du mento au ska en passant par le shuffle, le jazz, le jump up, le twist ou encore le mash potatoes ! Vous pourrez découvrir ainsi les débuts des légendes de la musique jamaïcaine : Bob Marley, Jimmy Cliff, Roland Alphonso, Laurel Aitken, Derrick Morgan, Owen Gray, Don Drummond… mais aussi les débuts des producteurs Chris Blackwell, Duke Reid, Coxsone Dodd, Leslie Kong ou encore Byron Lee.

Bob Marley

La Jamaïque est une petite île des Caraïbes peuplée en très grande majorité par des Noirs descendants des esclaves déportés depuis l’Afrique de l’Ouest. Le reste de la population est composée de Blancs venus de Grande-Bretagne, qui détiennent la plupart des entreprises et une grande partie du pouvoir politique, et d’immigrants chinois et indiens surtout spécialisés dans le commerce.

Dans les années 50 aux Etats-Unis, les Afro-Américains se battent contre la ségrégation et pour la reconnaissance des droits civiques. Les Jamaïcains ne sont pas en reste : leur île est une colonie britannique depuis 1670 et ils réclament leur indépendance. Les luttes pour l’indépendance passent par des actes politiques et la musique joue un rôle important de porte-voix de la population.

La musique a toujours été primordiale en Jamaïque. Il y a eu celle des carnavals, qui fut populaire jusque dans les années 60, mais aussi les musiques religieuses et sacrées comme le gospel (chanté dans les églises) et le rythme nyahbinghi joué par la communauté rastafari née dans les années 30.

Le mento, sorte de calypso avec une dose de swing en plus, est la musique populaire jamaïcaine jusqu'à la fin des années 50. D’origine rurale, le mento distille en grande majorité des textes sur les difficultés de la vie quotidienne et qui sont des critiques de la vie sociale et politique du pays.

Harry Belafonte, Américain d’origine jamaïcaine, est la star mondiale du calypso. Deux de ses plus grands tubes (Day O – adapté d’un standard folk jamaïcain – et Jamaïca Farewell) sont des mentos et non des calypsos bien qu’ayant été publiés sur un album intitulé Calypso… ce qui contribue beaucoup à la confusion des genres... Man Smart, Brown Skin Girl, Come Back Lisa et The Jack-Ass song sont aussi tirées du répertoire jamaïcain. Ce coffret vous propose en bonus du quatrième CD un titre chanté par Harry Belafonte, Jamaica Farewell, afin d’illustrer l’influence du mento sur ce chanteur incontournable.

Durant cette période, le peuple jamaïcain est très pauvre, et le moyen de distraction le moins cher est d’écouter les radios américaines. Ces dernières diffusent les classiques du shuffle blues appelé aussi rhythm and blues. On peut y entendre Louis Jordan, Lloyd Price and his Orchestra, Floyd Dixon and his Band, Champion Jack Dupree, Barbie Gaye, Fats Domino ou encore Etta James et T-Bone Walker.

Les Jamaïcains dansent aussi sur ces titres lors des sound system. Les deejay se déplacent avec leur matériel, platines disques, amplis et grosses enceintes dans les quartiers afin de diffuser de la musique jusqu’au bout de la nuit. La "guerre" entre les deejay fait rage. En effet, chacun d’entre eux veut toujours passer en exclusivité le dernier tube importé des Etats-Unis. Les deejay ont donc pour habitude de gratter le nom et le titre sur le rond central du disque afin que la "concurrence" (qui envoie des espions dans les soirées organisées par les autres) ne puisse savoir quel disque est joué ! Les plus grands deejay de l’époque sont Duke Reid, Coxsone Dodd et Prince Buster pour ne citer qu’eux.

Coxsone Dodd

Le shuffle devient très vite la musique la plus populaire en Jamaïque de 1958 à 1962. C’est un style caractérisé par l’emploi d’accords à contretemps, qui incitent tout le monde à danser. Les musiciens jamaïcains commencent à jouer et à enregistrer du shuffle "made in Jamaica" décliné sous différents noms synonymes : rhythm and blues jamaïcain, jump blues…

En 1958, Chris Blackwell fonde le label Island (qui éditera plus tard U2, Bob Marley ou encore The Cranberries) et devient numéro 1 des hit-parades jamaïcains avec le single de Laurel Aitken Boogie In My Bones. Ce tube sera le premier d’une longue série.

La musique jamaïcaine entre alors dans une période de constante évolution. De nombreux musiciens commencent leur carrière. La plupart sont issus de l’Alpha Boys School de Kingston. C'est le cas de Tommy McCook (saxophone), Don Drummond (trombone), Johnny "Dizzy" Moore (trompette) et Lester Sterling (saxophone), tous les 4 membres fondateurs des Skatalites en 1963.

L’un des groupes phares de l’époque shuffle est sans conteste Clue J and The Blue Blasters. Si Laurel Aitken a bien signé le premier tube de shuffle, le groupe du bassiste Cluett Johnson est le véritable "laboratoire" de ce qui se passera quelques années plus tard. En effet, la plupart des membres de ce groupe vont devenir les acteurs incontournables de la période ska puis rocksteady et reggae : Ernest Ranglin (guitare), Emmanuel "Rico" Rodriguez (trombone), Roland Alphonso (saxophone ténor), Theophilus Beckford (piano), Aubrey Adams (piano - orgue), Arkland "Drumbago" Parks (batterie).

Les principaux deejay de l’île commencent à se tourner vers la production de disques. Clue J and The Blue Blasters est le premier groupe enregistré par Coxsone Dodd, qui deviendra plus tard l’un des deux plus grands producteurs jamaïcains de tous les temps, le second étant son rival Duke Reid.

A partir de 1960, la musique jamaïcaine s’exporte, grâce notamment au label Blue Beat basé à Londres. Plusieurs artistes s’établiront d’ailleurs en Angleterre, comme Prince Buster, Laurel Aitken ou encore Rico Rodriguez.

En 1962, l’Algérie, le Burundi, l’Ouganda, le Rwanda, Trinité et Tobago, les Samoa et la Jamaïque obtiennent leur indépendance. Un vent d’espoir et de liberté souffle sur la Jamaïque et une nouvelle musique largement inspirée par le shuffle, est créée sur l’île : le ska.

On retrouve dans le ska les mêmes ingrédients que dans le shuffle mais avec un rythme de batterie différent. Le ska est une musique dansante qui sera le porte-parole des joies (du début de l’indépendance) mais aussi et surtout des problèmes quotidiens des Jamaïcains, liés à la pauvreté et à la violence dans les rues causées par la rivalité des deux partis politiques qui se disputent le pouvoir.

Le ska devient vite très populaire et la plupart des musiciens du groupe de Clue J enregistrent des sessions pour Coxsone Dodd ou encore Duke Reid. De grandes stars du reggae commencent à enregistrer durant la période ska : Bob Marley, Peter Tosh, Bunny Wailer, Jimmy Cliff, Desmond Dekker, Toots Hibbert...

Le ska est très apprécié dans la Grande-Bretagne des années 60. Prince Buster et The Skatalites entrent dans les hit-parades des ventes et Millie Small, épaulée par Chris Blackwell et Ernest Ranglin, devient numéro 1 avec My Boy Lollipop presque partout dans le monde (1964).

Prince Buster

Mixé avec l’énergie punk, le ska des groupes anglais The Specials (avec Rico Rodriguez), Madness, The Selecter et The English Beat caracole en tête des ventes à la fin des années 70 et au début des années 80 en Europe et au Japon.

Cela donne l’idée à de nombreux artistes précurseurs de revenir sur le devant de la scène durant les années 80 : reformation des Skatalites, retour de Laurel Aitken, Prince Buster ou encore de Derrick Morgan.

Depuis, le ska est devenu universel et dans de nombreux pays, du Japon au Venezuela en passant par les Etats-Unis, l’Allemagne ou encore l’Australie, de nombreux groupes continuent à perpétuer l’esprit de ce style musical né en 1962.

Le ska a aussi donné naissance au milieu des années 60 au rocksteady, une musique avec un rythme plus lent et chaloupé très influencé par la soul, plus vocal et moins cuivré, et en 1968, le rocksteady se transformera en reggae, terme que l’on doit à Toots Hibbert et à son morceau Do The Reggay composé un an plus tôt.

Les musiciens jamaïcains ne trichent pas, ils donnent toujours le meilleur d’eux-mêmes, que ce soit dans un studio de fortune avec 2 micros pour 10 instrumentistes et deux chanteurs ou dans un studio plus perfectionné. La musique jamaïcaine est riche, colorée et communicative. Ce coffret allant des années 50 à 1962 va vous donner des vibrations positives ! Let’s dance Jamaica !

Notes de pochette, choix des titres et tracklisting : Jean-Pierre Boutellier

Mastering : Sylvain Mallet

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